MUSICOLOGIE


MUSICOLOGIE
MUSICOLOGIE

On désigne sous le nom de musicologie toute recherche scientifique effectuée sur l’art des sons, opposant ainsi la tâche du musicologue qui pense la musique à celle du compositeur ou de l’interprète qui la font naître ou renaître. La musicologie consacre donc le triomphe de la raison sur la sensibilité, mais n’exclut toutefois pas cette dernière, sans laquelle il ne saurait être de bonne analyse musicale; c’est, pour reprendre une antique distinction, la musica speculativa , bien distincte de la musica pratica .

Employé seul, le terme musicologie a tendance à recouvrir aujourd’hui les seules études sur la musique occidentale; le vocable ethnomusicologie – autrefois ethnologie musicale ou musicologie comparée – désigne en revanche les travaux effectués sur les musiques primitives ou populaires.

Il convient enfin de distinguer le musicologue du critique musical dont l’objet est tout à fait autre puisqu’il communique au public des réactions immédiates et souvent subjectives sur des œuvres récemment entendues. Son corpus d’étude et ses méthodes seront par conséquent différents de ceux du musicologue.

Fonction de la musicologie

S’appliquant à l’étude des œuvres et paysages sonores, la musicologie a pour premier objet l’explication des phénomènes musicaux. Elle rend ainsi plus facile le travail de l’interprète et améliore la capacité de réception de l’auditeur. Son domaine est très vaste; c’est pourquoi il appartient aux chercheurs de se spécialiser dans l’une des multiples branches de cette science aux rôles très divers: l’acoustique (étude physique du son), l’analyse (étude détaillée des partitions), l’esthétique, l’histoire de la musique, la musicothérapie, l’organologie, la paléographie, la pédagogie, la philologie (naissance, évolution et relations des systèmes et langages), la stylistique, la sémiologie ou la sociologie musicales.

Il est certain que la musicologie a beaucoup apporté, du strict point de vue de la musique, en permettant la redécouverte de nombreuses œuvres anciennes ou injustement oubliées. Mais elle doit conduire aussi à une compréhension plus vaste, plus originale et plus juste des âges qui les ont vues naître, si le musicologue sait retrouver, à travers cet art insaisissable, les particularités mélodiques, rythmiques, harmoniques qui composèrent véritablement le goût musical des temps passés. Ainsi pourrait-on reconstituer l’atmosphère réelle d’autrefois, celle-là même que les historiens recherchent à présent, bien au-delà de la simple narration événementielle.

Historique

Le terme Musikwissenschaft fut imposé par Friedrich Chrysander en 1863, dans la préface de ses Jahrbücher für musikalische Wissenschaft ; il avait été proposé dès 1827 par Johann Bernhard Logier dans un ouvrage pédagogique intitulé System der Musikwissenschaft und der praktischen Komposition et sa traduction française apparut dès 1872 dans une brochure d’Arthur Heulhard consacrée à La Fourchette harmonique (cf. art. de C. Goubault in la Revue internationale de musique française , no 6, p. 97, 1981). Mais le terme «musicologie» fut véritablement introduit dans notre langue par François Auguste Gevaert dans son Histoire et théorie de la musique de l’Antiquité , en 1875. Les Anglais adoptèrent ce substantif vers 1914; ils furent bientôt imités par les autres pays. Auparavant, les Français avaient utilisé les expressions archéologie musicale, historiographie musicale ou musicographie, cette dernière s’appliquant généralement à des activités moins scientifiques.

L’origine de la musicologie réside en fait surtout dans les travaux des historiens sur la musique ancienne effectués dès la première moitié du XIXe siècle (Alexandre Joseph Vincent, François-Joseph Fétis, Théodore Nisard...), notamment dans le domaine de la musique d’Église, la restauration imminente de l’usage du chant romain suscitant alors de nombreuses recherches. Le goût du public pour ces nouvelles réflexions fut encore accru par le développement simultané de la critique musicale: en France, la première rubrique régulière de ce type est due à Castil-Blaze, dans Le Journal des Débats , à partir de 1820.

Mais, avant que la musicologie ne fût véritablement organisée, à la fin du XIXe siècle, plusieurs travaux de réflexion sur la musique avaient vu le jour. Du Moyen Âge à l’époque baroque, ce furent surtout des remarques théoriques; les traités furent du reste les premiers textes musicaux ressuscités par les pionniers de la musicologie. Du IVe au VIIe siècle, les spéculations sur la musique paraissent venir en droite ligne de la Grèce antique, à travers les ouvrages de saint Augustin, Boèce ou Isidore de Séville. À l’âge des premières polyphonies (IXe-Xe siècle) se multiplient les remarques techniques (Musica Enchiriadis ou De Musica de Hucbald); au XIVe siècle, une première querelle oppose les partisans de l’Ars Nova (Marchetto de Padoue, Philippe de Vitry) aux tenants de l’esthétique d’autrefois (Jacques de Liège, Johannes des Muris) défendue aussi par le pape Jean XXII. Du XVe au XVIIe siècle, Pareja, Gaffurio, Glaréan, Salinas, Galilei, Descartes, Mersenne ou Kircher présentèrent, entre autres, des sommes de notations importantes sur l’art des sons.

Les éditions de traités anciens apparurent avec celles de Johannes Meursius (Leyde, 1616), de Marcus Meibom (Amsterdam, 1652), de Martin Gerbert; ce dernier publia plus de trente ouvrages latins dans ses Scriptores ecclesiastici de musica sacra potentissimum en 1784 – dont la refonte fut entreprise en 1950 par l’American Institute of Musicology de Rome – et un semblable travail fut poursuivi par Edmond de Coussemaker dont les Scriptorum de musica medii aevi parurent de 1864 à 1876.

Le premier dictionnaire de musique fut celui de Tinctoris (Terminorum musicae diffinitorium , vers 1495; Richard-Masse, Paris, 1951); il convient ensuite de citer ceux de Janovka (Prague, 1701), Brossard (Amsterdam, 1702), Walther (Leipzig, 1732), Mattheson (Hambourg, 1740), Grassineau (Londres, 1740), Barnikel (Chemnitz, 1749), Tans’ur (Londres, 1766), Rousseau (Genève, 1767), Hoyle (Londres, 1770), Gerber (Leipzig, 1790-1792), Koch (Francfort, 1802), Choron et Fayolle (Paris, 1810-1812), Fétis (Paris, 1835-1844), Escudier (Paris, 1844), Grove (Londres, 1878-1889), Riemann (Berlin, 1882) ou Blume (Die Musik in Geschichte und Gegenwart , Kassel, 1949-1968). La meilleure synthèse sur cette question est celle qu’offre l’ouvrage de J. B. Coover, Music Lexicography (Carlisle Books, Visalia, Calif., 1971).

Faisant suite à l’histoire de la musique, inachevée, de Pierre Bourdelot (Paris, 1715) et stimulé par les multiples opuscules que suscita la querelle des Anciens et des Modernes, l’Essai d’une histoire de la musique de Caffiaux (1757, 3 t. restés manuscrits, Bibl. nat., Paris) ouvre la longue tradition de cette littérature historique. Citons ici les volumes de Martini (1757-1781), de Hawkins (1776), Burney (1776-1789), Forkel (1788), Kiesewetter (1834), Fétis (1869-1876), Ambros (1862-1882), de Riemann (1882, puis 1901 et 1904-1913); parmi les ouvrages du XXe siècle, il faut mentionner The Oxford History of Music (1901-1905), l’Histoire de la musique de Combarieu (1913-1919), l’Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire de Lavignac (1913-1931), Handbuch der Musikgeschichte d’Adler (1924). Il convient de noter le prodigieux développement de ces recherches historiques à la fin du XVIIIe siècle; elles se traduisirent aussi dans de grandes biographies de musiciens dont la série s’ouvre avec le Haendel de Mainwaring (1760), le Corelli de Hawkins (1777), le Bach de Forkel (1802, rééd. franç., Flammarion, Paris, 1981), le Mozart de Nissen (1828-1829) ou le Palestrina de Baini (1828-1829). Des monographies beaucoup plus scientifiques encore les suivirent avec les travaux de Jahn (Mozart , 1856-1859), Chrysander (Haendel , 1858-1867), Thayer (Beethoven , 1866), Spitta (Bach , 1873-1880) et Pohl (Haydn , 1878-1882). Ainsi, chronologiquement, quantitativement ou qualitativement, l’histoire de la musique reste-t-elle alors la part la plus importante de la musicologie.

L’apparition et la croissance de la presse spécialisée témoignent aussi de la diffusion des études sur la musique. Le premier périodique musical fut celui de Mattheson (Musica critica , 1722), bientôt suivi par Der getreue Musik-Meister de Telemann (1728). Ce furent ensuite, en 1766, les Wöchentliche Nachrichten en Allemagne et les Sentiments d’un harmoniphile sur différents ouvrages de musique (repr. Minkoff, Genève, 1972) en France, tandis qu’en Angleterre le New Musical and Universal Magazine apparut en 1774 et qu’aux États-Unis l’American Musical Magazine fut fondé en 1786; toutefois, ce dernier n’était guère qu’une sélection de musique, et la plupart des périodiques musicaux de cette fin de siècle ou de la première moitié du XIXe ne sont que de simples recueils d’opinions ou d’annonces. La Revue musicale de Fétis, fondée en 1827 à Paris, échappe à peine à cette catégorie, tout comme la Revue et gazette musicale de Paris , qui lui succéda à partir de 1837 ou Le Ménestrel dont le premier numéro date de 1833: les articles scientifiques y sont peu nombreux, les anecdotes et les chroniques y tiennent une grande place. Le Jahrbuch für Musikwissenschaft , dû à Chrysander en 1863, peut être considéré comme le premier journal véritablement musicologique; son esprit se retrouve dans les Monatshefte für Musikgeschichte de R. Eitner, qui se maintinrent de 1869 à 1904. Annoncé par la Chronique musicale (1873-1876), le même sérieux se note aussi en France dans la Revue musicale (1901-1912) de Combarieu ou dans celle de Prunières, à partir de 1922, ainsi que dans la Revue de musicologie qui, sous le nom de Bulletin de la Société française de musicologie , remonte à 1917, ou dans la Revue internationale de musique française , née en 1980.

Les musicologues s’étaient en fait déjà regroupés avant cette date dans le cadre de sociétés savantes, semblables à la Gesellschaft für Musikforschung, fondée en 1868 par Chrysander, Eitner et Commer: la Société française de musicologie vit le jour en 1917, l’Associazione dei musicologi italiani fut fondée par Gasperini en 1908, la Société liégeoise de musicologie apparut en 1909. L’Internationale Musikgesellschaft s’était organisée dès 1899 à l’instigation d’Oskar Fleischer (1856-1933). Aussitôt, de nombreux congrès internationaux se réunirent sous son égide (Leipzig, 1904; Bâle, 1906; Vienne, 1909; Londres, 1911; Paris, 1914...).

Du XIXe siècle datent aussi les premières éditions monumentales qui devaient faciliter le travail des musicologues; citons ainsi, parmi les plus importantes: J.-S. Bach (46 vol., 1850-1900), Haendel (environ 100 vol., 1859-1894), Mozart (65 vol., 1876-1886), Denkmäler deutscher Tonkunst (65 vol., 1892-1931), Denkmäler der Tonkunst in Österreich (plus de 100 vol., de 1893 à nos jours) ou Denkmäler der Tonkunst in Bayern (36 vol., 1900-1913), sans oublier Musica britannica , Les Maîtres Musiciens de la Renaissance française édités par Henri Expert, les publications italiennes réunies par Luigi Torchi et les œuvres espagnoles connues grâce à l’activité de Felipe Pedrell.

Ce travail de résurrection des œuvres anciennes est loin d’être achevé aujourd’hui où il s’effectue de façon toujours plus sûre, que ce soit par l’intermédiaire de la publication de fac-similés de manuscrits (dont la Paléographie musicale , publiée par les Bénédictins de Solesmes depuis 1889, constituerait un excellent exemple) ou par l’indispensable confrontation des différentes versions connues d’une même œuvre (telle l’édition critique monumentale, Musica et Scolica Enchiriadis , réalisée par H. Schmid à partir des quarante-sept manuscrits connus de ce traité du XIe siècle et parue en 1981 – Verlag der Beyerischen Akademie des Wissenschaften, Munich). De nouvelles éditions de Bach, Berlioz, Debussy, Liszt, Schubert, Wagner... ont été entreprises, beaucoup reste à faire dans le seul domaine de l’édition scientifique des textes musicaux, même pour des compositeurs de l’envergure de Schumann ou de Verdi.

Méthodes et objets

Les nouvelles perspectives de recherche du XXe siècle, dans le domaine des musiques extra-européennes ou dans celui des œuvres électro-acoustiques, ont conduit peu à peu le musicologue à repenser et à diversifier sa méthode. Celle-ci a évolué et varié au cours des décennies, selon les aires géographiques: l’orientation a toujours été plus historique en France et plus esthétique de l’autre côté du Rhin.

Aujourd’hui, deux grandes tendances (distinguées déjà par G. Adler à la fin du XIXe siècle) se dessinent: la musicologie «historique» traditionnelle et la musicologie «systématique» (cf. art. de V. Karbusicky et A. Schneider, «Zur Grundlagen der systematischen Musikwissenschaft», in Acta musicologica , vol. LII, no 2, p. 87, 1980). Cette dernière, allant de l’acoustique à la philosophie en passant par la pédagogie ou la sociologie, tente de faire mieux comprendre l’importance de la mise en relation de ces différentes disciplines.

Si cette première distinction comporte déjà des choix méthodologiques, il ne faut pas oublier que la musicologie appartient également aux sciences de l’homme et aux sciences exactes (particulièrement à travers tout ce qui relève de la physique du son) et qu’elle devra viser tout à la fois à connaître ces faits esthétiques et à mettre en évidence les lois qui les régissent.

Dans le domaine proprement historique, la tradition des monographies, héritée des siècles précédents, a reculé quelque peu devant les études concernant les institutions musicales ou les travaux de type plus sociologique. Plus les recherches de détail se multiplient, plus s’impose la nécessité de puissantes synthèses, comme le montre bien C. Dahlhaus dans Die Musik des 19. Jahrhunderts , Athenaion-Laaber, Wiesbaden, 1980. Si le siècle romantique demeure moins exploité que les périodes plus anciennes qui intéressèrent en premier lieu les musicologues, si le répertoire de ces œuvres musicales est loin d’être scientifiquement établi, le nouvel intérêt pour cette époque, souvent fondé sur la lecture de la presse musicale plus accessible, apparaît clairement depuis quelques décennies à travers la revue 19. Jahrhunderts , ou 19th Century Music , (Univ. of California, Davis, depuis 1977).

Quant aux approches philosophiques ou esthétiques, souvent marquées encore par l’apport éminent des penseurs grecs ou de Kant, elles peuvent être extrêmement variées (H. Fubini, Les Philosophes et la musique , Champion, 1983).

Les études sur la langue musicale sont apparues avec un certain retard par rapport aux développements historiques ou esthétiques. Là, l’Histoire de la langue musicale (1911-1928) de Maurice Emmanuel fait presque figure d’ouvrage de pionnier. Se dégageant lentement des présentations impressionnistes ou abusivement descriptives, voire des habitudes d’analyse exclusivement harmonique si solidement implantées dans notre pays, les musicologues tentèrent d’établir progressivement une véritable «philologie musicale», s’intéressant de plus en plus à la phrase mélodique, à la liaison entre parole et musique ou à la mise en valeur de formes originales. Depuis un certain temps, l’application des méthodes de la linguistique à l’art musical est également tentée. La musique étant un langage, ses signes ont paru parfois pouvoir être analysés de la même façon que ceux de la langue parlée: la difficulté réside certes toutefois au niveau de la double articulation qui fait défaut dans la matière musicale. Plusieurs essais ont néanmoins été poursuivis; le bilan en a été fait par J. J. Nattiez («La Sémiologie musicale: l’état de la question», in Acta musicologica , vol. XLVI, no 2, p. 153, 1974). Mais les techniques de l’analyse musicale – indispensable à toute réflexion musicologique valable sur les textes – doivent nécessairement varier avec les genres, les styles et les époques: il ne saurait être question d’analyser de façon identique la Messe de Guillaume de Machaut et le Pierrot lunaire de Schönberg ou encore une symphonie de Schubert et un ouvrage de musique électro-acoutisque. La méthode choisie dépendra étroitement dans chaque cas du matériau sonore utilisé, du système de références, des éléments prégnants de l’œuvre considérée.

Rendue tout à fait indispensable par les travaux sur la musique d’autrefois, comme par le développement de l’industrie du disque, la recherche sur l’interprétation musicale se développe également toujours plus depuis la Seconde Guerre mondiale, comme en témoignent les 1 200 entrées de la bibliographie de N. Vinquist et N. Zaslaw, Performance practice , Norton, New York, 1971. L’essor de l’informatique artistique ouvre aussi à cette discipline de nouvelles possibilités, tout comme l’intérêt pour la scénographie ou l’iconographie musicale.

Quels que soient toutefois ses objets et ses positions méthodologiques de départ, la musicologie a en outre à sa disposition de remarquables collections (telles celles du département de la musique de la Bibliothèque nationale, celle de la bibliothèque de l’Opéra, ou du Centre de documentation de la musique contemporaine à Paris), répertoires (le Répertoire international des sources musicales , R.I.S.M., depuis 1960, ou le Répertoire international de la littérature musicale , R.I.L.M., depuis 1967) ou guides (É. Weber, La Recherche musicologique , Beauchesne, 1980; S. Wallon, La Documentation musicologique , ibid. , 1984; J. Chailley, Précis de musicologie , 1968, 2e éd., P.U.F., Paris, 1984).

Présente parmi les disciplines scientifiques de l’université médiévale, la musique disparut progressivement de ses enseignements pendant la Renaissance et s’est introduite dans nos facultés au cours du XIXe siècle, dans les pays germaniques d’abord (à Bonn en 1826, à Berlin en 1830, à Munich en 1865, à Leipzig et à Strasbourg en 1872...). En France, les conférences musicales ne réapparurent que dans les ultimes années du XIXe siècle.

Actuellement, vingt et une universités françaises délivrent le D.E.U.G. d’éducation musicale et la plupart d’entre elles, la licence correspondante. 130 enseignants sont titularisés dans ces établissements. Quelque 5 000 étudiants musiciens y sont inscrits, dont 1 700 environ à Paris-Sorbonne (M. Delahaye et D. Pistone, Musique et musicologie dans les universités françaises , Champion, 1982). Dans la capitale, la musicologie est également enseignée à l’École pratique des hautes études, à l’École des hautes études en sciences sociales, à l’Institut catholique, ainsi que dans le cadre du troisième cycle du Conservatoire national supérieur de musique et à l’I.R.C.A.M. Au C.N.R.S., près d’une vingtaine d’équipes de recherche travaillent en ce domaine. Quant aux thèses concernant la musique, elles se multiplient d’année en année, comme en rend bien compte le répertoire établi par Jean Gribenski (Thèses de doctorat en langue française relatives à la musique , Pendragon Press, New York, 1979) et le Répertoire international des travaux universitaires relatifs à la musique française (Champion, 1992), régulièrement complétés par les listes de la Revue internationale de musique française .

La musicologie universitaire est en expansion en Europe. Cette discipline est enseignée dans près de 40 universités en Allemagne comme en Angleterre et l’Italie connaît un grand développement du domaine. En U.R.S.S., vingt-huit conservatoires et quatorze instituts d’art étaient ouverts à la musicologie et cent cinquante étudiants spécialisés en cette matière étaient inscrits au conservatoire de Moscou en 1979 (cf. C. Steinegger, «L’Enseignement de la musicologie en Union soviétique», in Revue internationale de musique française , no 7, p. 97, 1982). Au Canada, presque toutes les universités ont un département de musique. Quant aux États-Unis, où la première chaire de musicologie fut confiée en 1930 à O. Kinkeldey à l’université Cornell (Ithaca, New York), on compte plus de cent établissements de ce type ouverts à la musicologie.

Il faut souligner par ailleurs le grand nombre et la vitalité des fondations et centres de recherche spécialisés, tels ceux consacrés à Verdi à Parme ou à Bruckner à Graz, ainsi que des sociétés savantes: 1 800 personnes étaient présentes au congrès annuel de la Société américaine de musicologie en 1979. En France, les associations musicologiques locales se multiplient: en Normandie, en Languedoc, comme en Picardie.

La musicologie est donc une science en plein développement, dont l’extension se trouve liée, entre autres, à la progression de l’enseignement musical, ainsi qu’au développement du marché du disque, des mass media et des concerts.

Mais la réussite des recherches historiques ne doit pas voiler l’importance de l’analyse des styles musicaux qui reste encore à mener de façon plus systématique et dans un esprit de comparaison constant. Ce travail de réflexion sur les œuvres permettra de mieux éclaircir le paysage sonore des différentes époques et l’évolution des goûts musicaux de nos civilisations. Les recherches de ce type ne sauront être du reste qu’interdisciplinaires. Parmi toutes les collaborations souhaitables, celles des ethnomusicologues ou des contemporanéistes seront sans doute d’un considérable apport à la musicologie historique traditionnelle, tant sur le plan des connaissances que sur celui de la méthode.

La sémiologie musicale a pu nous initier à des études de détail plus minutieuses; les recherches effectuées dans le cadre des musiques concrète, électro-acoustique ou spectrale ont permis de mieux appréhender l’univers des sons et le musicologue met à profit l’ordinateur pour ses recherches.

Toutefois, c’est très certainement au tréfonds de lui-même que ce spécialiste ira dorénavant chercher les analyses les plus justes et les plus nécessaires car, nanti du secours de la psychophysiologie ou de la neurologie, il espère toujours découvrir la raison d’être des effets réellement produits en lui par l’art des sons. La musicologie a dû s’imposer depuis un siècle comme une science objective; elle devra désormais s’efforcer d’acquérir une dimension plus humaine.

musicologie [ myzikɔlɔʒi ] n. f.
• déb. XXe ; de musico- et -logie
Science de la théorie, de l'esthétique et de l'histoire de la musique. Institut de musicologie. Spécialiste de musicologie ou MUSICOLOGUE n.

musicologie nom féminin Discipline qui étudie de manière scientifique et historique tout ce qui relève de la musique. (Les compositeurs et leurs œuvres constituent l'essentiel de son objet d'étude, réparti dans les matières suivantes : biographie, étude des formes, naissance et évolution des styles, analyse, organologie, bibliographie.)

musicologie
n. f. étude de la musique dans ses rapports avec l'histoire, l'art, l'esthétique.

⇒MUSICOLOGIE, subst. fém.
Science qui a pour objet la théorie, l'esthétique, l'histoire de la musique, la création et la critique musicales, et les rapports de la musique avec les autres branches artistiques et scientifiques. Études, travaux de musicologie; société de musicologie; étudiant en musicologie; musicologie ethnographique (synon. récent ethnomusicologie), appliquée, comparée. La seule université de France, en dehors de Paris, qui ait un institut de musicologie est celle de Strasbourg, où la bibliothèque est riche en ouvrages anciens, en collections monumentales, en livres relatifs à la musique religieuse, créée par G. Jacobsthal (...) premier professeur ordinaire de musicologie dans une université (Civilis. écr., 1939, p.50-2). Dans la plus haute chaire, celle de composition et de musicologie (...) l'enseignement (...) de Vincent d'Indy (...) est dispensé aux élèves par M. Guy de Liancourt, directeur de l'école César Franck. Là encore, le chant grégorien est de rigueur (Enseign. mus., t.2, 1950, p.8). Les partitions d'orchestre, conservées au département de musicologie (LÉVI-STRAUSS, Anthropol. struct., 1958, p.234).
REM. Musicologique, adj. Qui concerne la musicologie. Travaux, recherches musicologiques. Une question grave et que l'état des études musicologiques met à l'ordre du jour, le catalogue d'une grande bibliothèque, est une lourde tâche à entreprendre quand il s'agit de musique, parce que, jusqu'au XIXe siècle, la quantité de musique gravée a été faible par rapport à la quantité de musique restée à l'état de copies manuscrites (Civilis. écr., 1939, p.50-3).
Prononc.:[]. Étymol. et Hist. 1898 (P. AUBRY ds La Tribune de Saint-Gervais ds Mus. 1976); cf. 1899 (ID. dans son cours de «musicologie sacrée» professé à l'Institut catholique de Paris dès janv. 1899, ibid.). Comp. des élém. musico- et -logie.

musicologie [myzikɔlɔʒi] n. f.
ÉTYM. Déb. XXe; de musico-, et -logie.
Branche du savoir qui a trait à la théorie, à l'esthétique et à l'histoire de la musique. || Institut de musicologie. || Musicologie comparée. Ethnomusicologie.
tableau Noms de sciences et d'activités à caractère scientifique.
DÉR. Musicologique.
COMP. Ethnomusicologie.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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